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Retour à la surface

Le 7 juin 2014, 19:08 dans Société 1

 

Bonjour par ici,

Je sens que ce blog va devenir une histoire de 3 articles par an mais bon, j’ai plein d’excuses. En premier, c’est que je vis dans un appartement sans fenêtre (oui oui, je loue la Batcave, Bruce vous dit coucou) et que donc j’essaie de passer le moins de temps possible chez moi, ce qui est d’ailleurs fort difficile, vous allez vite comprendre pourquoi.

En deuxième, c’est parce que vu que pour moi, vivre à Barcelone c’est comme vivre avec un eczéma permanent, j’ai l’impression que si je me mets à écrire trop souvent, je vais vous en raconter des km. D'ailleurs, vous pourrez demander à mes amies, je leur raconte plus grand-chose tellement j'ai peur de leur balancer un pavé larmoyant.

Je voulais pondre une espèce de diatribe sur le harcèlement de rue, sujet du mois/de l’année (et j’en suis fort aise, ça suffit les « lol mais non ça n’arrive qu’aux salopes qui sortent en string et elles l’ont bien mérité »), pis finalement y en a qui l’ont fait vachement mieux que moi donc je laisse béton. Ma seule contribution à ce sujet sera, à ceux qui croient que ça tombe que sur les bonnasses sapées comme des actrices porno qui traînent à Gare du Nord à 2 h du mat' : on m'a déjà suivie dans des gares, on m'a à moitié coincée en embuscade dans un train tout ça pour me caresser la cuisse et m'embrasser de force à 16h dans un Transilien (lieu de tous les fantasmes inassouvis) et on m'a déjà traitée de salope (alors que je suis moche et grosse) parce que je répondais pas à « hey tu suces la grosse ? ». Case closed, merci pour tout.

Je pourrais vous raconter comment que c’est trop de la balle d’être grosse et complexée (oui car 7 mois ici m’ont fait régresser) dans une ville où il fait genre 30°c au mois de juin, ou comment que c’est trop chouette d’avoir des vieux tios moisis qui vous matent les seins avant de marmonner « que bueno » (une anglophone en parle un peu ici), ou d’autres vieux tios moisis qui vous balancent « qué volumen ! » dans le bus, just because they can. Bon maintenant, j'ai appris des mots utiles genre cabron et compagnie et j'hésite moins à balancer ça, mais j'apprécie pas vraiment ce que je deviens.

J’pourrais vous dire aussi qu’au final j’en viens à me méfier des gens d’une manière générale, parce que vivre ici c’est un peu comme vivre avec des hommes des cavernes. On détecte quelques similitudes physiologiques mais on sait pas quand ils vont sortir le gourdin pour avoir osé dire jamón au lieu de pernil. Ils gueulent sans arrêt, pour un oui ou pour un non, ils ne savent pas dialoguer, vous parlent catalan quand vous ne parlez que castillan (et qu’ils le savent paske sinon, Bcn mériterait pas son diplôme de ville aussi hospitalière qu’un oursin), vous raccrochent à la gueule quand ils comprennent que vous êtes pas du coin et vous engueulent comme du poisson pourri pour à peu près tout et nawak. Alors c’est sûr, au bout d’un moment, on commence à en rire m’enfin c’est un peu l’état d’agression permanent, merci le tempérament local et les effets pervers de la crise (formulation issue de Zone Interdite, merci). Le premier qui a dit que les gens du Sud étaient chaleureux et agréables a jamais dû foutre un orteil en Catalogne. Heureusement, j'ai des collègues qui subissent à peu près le même choc culturel que moi et avec lesquelles on se soutient à coup de soirées Disney et autres niaiseries assumées.

Bref, tout ça pour vous dire, je prépare un article sur un sujet un peu différent et ça devrait pas trop tarder. Stay tuned (ou pas).

Sois belle et tais-toi, surtout, tais-toi

Le 2 janvier 2014, 04:01 dans Société 1

 

En fait, entre une nana canon et le pou du coin, y a plus de points communs qu’on ne le croit. Je m’en suis rendue compte il n’y a pas si longtemps après avoir lu les commentaires suivant un article paru sur Madmoizelle. Je pensais que les commentaires Youtube étaient le paroxysme de la méchanceté gratuite mais là, je dois dire que certaines leur ont fait concurrence. Bravo à la gent féminine, ce jour-là on a reculé de 70 ans. Un vrai combat de basse-cour mené par des pintades à QI à deux chiffres qui dépensent le fric qu’elles n’ont pas dans des soins de beauté et des régimes miracle à la con pour ressembler à des idoles en papier glacé et qui insultent une nana qui écrit juste ce que ça fait d’être belle. L'Hypocrisie Pour les Nuls, quand tu nous tiens. Du coup, je me suis dit que j’allais analyser ce que moi, membre fière du clan des moches et des grosses que le « féminisme » des magazines féminins oublie de façon complètement décomplexée, pense de cette drôle d’affaire.

Dans les deux cas, qu’on soit belle ou moche, on vous le fait savoir très tôt. Moi, j’ai vite compris que quand on disait de moi « qu’est-ce qu’elle est intelligente », c’était aussi fait pour ne pas avoir à formuler le fait que j’étais moche comme un toto. Et j’ai vu comment on traitait les gamines mignonnes. « Qu’elle est jolie », « un vrai petit cœur », « quel ange »... On est plus patient avec les enfants beaux, surtout les petites filles (petit reste de sexisme bien ancré) et on leur prête plus facilement des qualités positives. Et ça, tout le monde en est responsable. Dites à une mère que son gamin est astucieux ou drôle, ça comptera toujours moins que le compliment attendu sur son physique de dieu grec (qui évidemment n’est que du narcissisme détourné pur et dur).

Dans les deux cas, qu’on soit belle ou moche, on n’attend pas de vous les mêmes choses. Certains profs ne pouvaient pas me saquer et me le faisaient savoir. Bien qu’élève modèle 99% du temps, il suffisait parfois d’un micro-détail pour qu’on me remette sèchement à ma place, quand mes petites camarades pouvaient bavasser pendant une demi-heure et ne jamais entendre de remontrances. On me paie pas un verre (non pas que j’approuve du principe puant qui justifie le « je suis une femme moderne et libérée mais si tu veux profiter de ma présence cosmique, tu dois me payer, mais non je suis pas une geisha non, je lis Cosmo attends ! »), si on m’adresse la parole en soirée c’est pour me demander le numéro de ma pote bonnasse et on me rabâche pas que je suis trop drôle quand je fais une blague qui tombe à plat. La barre est placée plus haut pour les moches, on le sait, c’est pas la peine de se raconter des salades. Les moches doivent sauter par-dessus une échelle pour avoir un lot de consolation, et les beaux ont juste à enjamber un escabeau pour atterrir sur le podium.

Dans les deux cas, qu’on soit belle ou moche, on vous remarque sans vous voir. L'une de mes tantes, qui est une belle femme et était un vrai canon quand elle était jeune, m’a récemment confié qu’on « s’en foutait » d’elle. Que les gens qui l’adulaient parce qu’elle était jolie n’en avaient en fait rien à foutre de ce qu’elle avait entre les deux oreilles ou de ce qu’elle ressentait. « J’aurais pu être une vraie salope ou complètement débile ou en détresse, ils en avaient rien à faire, j’étais belle et ça suffisait. » Quelque part, ça peut faire rêver, non ? Un passe-droit illimité (enfin, tant qu’on ne prend pas de poids ou qu’on chope des rides ou qu’on arrête de prendre soin de soi) pour agir comme on veut sans que les gens en aient quoi que ce soit à faire. Je veux dire, c’est le rêve de toute Barbie, celle qui veut juste être courtisée, payée pour sa compagnie et baisée par le plus beau coq du bar. Etre canon ET pouvoir agir comme une pute amorale ? Le rêve de toute bonne apprentie jeune femme « moderne »… Oui et non.

J’ai déjà vu les réactions de connaissances quand une amie jolie partageait ses doutes ou ses problèmes : il était très facile de repérer la petite moue condescendante. La petite moue un peu crispée qui signifie : « Ouais ouais, c’est ça, tu me racontes le divorce de tes parents mais franchement, t’es canon, alors ta gueule. Tes problèmes peuvent pas vraiment en être. MOI, MOI JE SAIS CE QUE C’EST. » La jalousie génère visiblement un manque d’empathie légèrement inquiétant, si vous me demandez mon avis. Mais le mépris aussi. En direct depuis le camp des moches, personne ne m’écoutait non plus : « T’es un pou, tu rentres pas dans les critères de baisabilité, alors ta gueule, tes problèmes on s’en fout. » Same difference. On se sent seule, qu’on soit au sommet ou au fond du trou, à partir du moment où on nie votre identité ou vos sentiments tout ça parce que votre physique est trop ceci ou trop cela.

Dans les deux cas, qu’on soit belle ou moche, on vous en voudra à mort de croire ou de répéter ce que vous a dit sur votre physique. Prenons la fille qui a écrit l’article dont je parlais plus haut : on a dû lui dire des centaines de fois qu’elle était jolie. Ça commence dès la maternelle alors imaginez donc, entre l’école, les parents, les amis, les proches en tout genre, le photographe de classe… Toute votre vie, vous avez eu que des compliments. On vous a fait des faveurs, on vous a rendu service ; on croit que vous êtes chouette quoi qu’il arrive. Certes, on nie une grande partie de votre personnalité mais bon hein vous allez quand même pas vous plaindre. Et c’est là que réside le gros piège : si vous ne prenez pas ces compliments au sérieux, on vous accuse de faire la fausse modeste ; et si vous intégrez l’idée que si on vous trouve jolie, c’est certainement que vous l’êtes, vous êtes une sale pétasse imbue d’elle-même. Cf les charmants commentaires de l’article cité précédemment.

Perso, j’ai vécu l’opposé. On m’a toujours fait sentir que j’étais moche et grosse et tout un tas de trucs super sympas : en toute rationalité, si on vous répète ou fait sentir que vous êtes un thon, faudrait être particulièrement résilient ou sous acides pour croire le contraire, pas vrai ? Cependant, quand j’ose l’écrire ou le reconnaître, mon dieu que je suis négative ! Et aigrie ! Et c’est pour ça que je ne trouve personne / ne suis pas heureuse / ne gagne pas à l’Euromillion – ça n’a rien à voir avec les années d’insultes ou de commentaires désobligeants ou juste le fait très simple que je ne suis pas dans les normes esthétiques non. A les croire, c'est que conne comme je suis, j’ai osé croire le reflet que la majorité des gens me renvoient. Je devrais visiblement vivre comme une espèce de bisounours en plein trip LSD qui croit qu’il fait beau quand il pleut et que « va te faire foutre la grosse » veut en fait dire « que tu es d’aspect plaisant, ma gueuse ». Je me suis parfois demandé ce qu’on attendait de moi : que je dise « oh bah non, tout le monde m’a toujours dit ça, mais moi j’ai décidé de croire que si, je suis juste trop un canon » ? Le ridicule ne tue pas, je sais bien, mais tout de même, j’aime bien avoir les deux pieds sur Terre et les oreilles ouvertes, Dumbo-style.

Je sais très bien que ça met les gens mal à l’aise de lire ou d’entendre quelqu’un qui admet ouvertement ce que tout le monde pense à son sujet : et rien ne m’énerve plus que de lire des « mais non tu dois sûrement être jolie », « personne n’est aussi moche que tu le dis » ou « tout le monde est beau à sa façon ». Foutaises, j’ai beau être de gauche et à tendance hippie, même moi j’y crois pas. La seule chose qui semble déranger les gens, c’est qu’on puisse admettre une telle chose sur soi-même sans se haïr ou penser qu’on est de la merde. Je ne pense pas que je suis de la merde, mais oui je pense que je suis moche. L’un n’empêche pas l’autre : j’ai une vie sympa, des amis cools, un boulot pas mal non plus… Alors c’est quoi qui nous fout mal à l’aise à ce point alors qu’on participe tous à la supercherie ? Alors qu’on critique une actrice parce qu’elle se laisse aller, ou une politique parce qu’elle a l’audace d’être plus branchée neurone que beauté ? Qu'on tanne notre sœur quand elle se ressert à table ou qu'on psychote à tous les repas de ce qu'on ingère ?

Et question bonus, qu’attend-t-on de l’autre quand on lui dit qu’elle est belle ? A quoi pense-t-on quand on fait un compliment, puisqu’en fait on la fustigerait pour oser intégrer ce qu’on vient de lui marteler ? Espère-t-on qu’elle ne va pas nous croire ? Qu’elle va « jouer les modestes » ? Ou est-ce juste une façon d’exprimer notre envie, notre jalousie, notre mal-être, en détournant tout ça vers l’extérieur ? « Tiens, je t’ai fait un compliment, fais m’en un maintenant, ou dis rien parce que quoi que tu dises, ça va m’énerver. »

Bienvenue dans le beau panier de crabes aux pinces impeccablement limées.

 

Le post que j’avais promis que je ferai pas

Le 31 décembre 2013, 13:21 dans Société 0

Mais je le fais quand même parce que j’ai bien suivi mes cours de marketing et que faut toujours essayer de surprendre son public. Bon déjà le mien, de public, il va être assez surpris de voir que j’écris enfin après quoi, 6 mois, donc bon vala ça suffit.

Depuis juillet, il s’en est passé des choses, et voici la version Reader’s Digest.

Juillet

J’ai écrit un article sur mon blog.

Août

Mon boulot allait très bien, et puis on m’a dit qu’on me licenciait (pas moi perso, juste moi et une centaine d’autres, donc je l’ai pas mal pris) d’ici septembre et donc, au lieu d’attendre patiemment que l’ambiance à mon boulot devienne aussi pourrie qu’une émission des Enfoirés, j’ai lancé une application que j’ai appelée JESERAIPASCHOMEUSENONNON.exe.

Septembre – octobre

Bon, ça se voit pas quand j’écris – enfin… je l’espère – mais dans la vraie vie, je suis super maniaque. Et j’aime les listes. Et mon côté frappé + prospective de toucher le chômage irlandais (oh l’oxymore) m’a motivée comme rarement, ce qui s’est traduit par des soirées CV, des journées sur LinkedIn, des candidatures spontanées par dizaines sur Monster.ie/.co.uk/.fr/.com, et toutes les variantes régionales possibles. J’ai postulé - répondu - accepté de filer mon CV pour 36 postes en tout, passé plusieurs entretiens au téléphone (ah les joies des coups de fil intempestifs par les recruteurs qui préviennent jamais parce que bon hein faut pas charrier), ai relancé environ 11 recruteurs, ai été à un salon professionnel, me suis fait l’ennemie de 4 recruteurs (nan mais ils répondent pas aussi et te recontactent un mois après pour te proposer LE MÊME BOULOT), suis allée visiter le Cambridgeshire pour un entretien et ai fini par décrocher un taf à… Barcelone.

Novembre – décembre

Avec la bonté et le goût du partage qui me caractérisent, j’ai testé pour vous : gérer seule un déménagement Irlande > Espagne. J’ai dormi parmi les cartons (mais pas dans un, ce qui était quand même mon objectif principal donc WIN) pendant deux semaines en Irlande, et puis deux semaines en Espagne. À la fin, je leur disais au revoir en partant au boulot le matin, mais sinon je pense avoir géré ça comme un chef, en toute modestie.

Fin de la digression

Sinon, pour en revenir au thème principal de ce blog, l’Espagne, c’est comme la France. Je me sens un peu comme une baleine dans la rue, mais j’en ai plus rien à foutre (merci l’Irlande). Je me suis promis de ne pas retomber dans mes travers de complexée continentale - genre me fringuer comme un sac et me contenter que les gens me parlent comme à un chien parce que mon IMC dépasse mon âge. Bon je suis obligée de m’acheter des fringues sur les sites UK ou irlandais, vu que les tailles dépassent pas le 46/48 mais tant que je ne suis pas obligée d’aller à Kiabi m’acheter des hauts « 2 en 1 » informes à motifs bigarrés dégueulasses, tout va bien.

En eaux chaudes

Les Irlandais sont en général adorables et plutôt tendance à s’excuser pour tout et n’importe quoi, mais alors les Catalans, c’est l’inverse. Du coup, j’ai décidé d’adopter leur façon de faire. J’ai arrête de dire pardon à tout bout de champ, et quand un con m’appelle pour me demander mon adresse, est pas foutu de me dire QUI il est, parle à 20km/h puis parle encore plus vite quand je lui dis que je parle pas bien, j’applique la méthode Ara : « Si vous ne parlez pas plus lentement, je ne vous dirai pas ce que vous voulez savoir et vous devrez me rappeler. Donc autant parler moins vite dès maintenant ». Testé et approuvé, le mec de Movistar s’est mis à articuler comme un prof de diction.

Un jour, je vous raconterai l’anecdote du banquier local qui m’a tellement détestée qu’il m’a proposé de fermer mon compte en banque après une semaine, mais bon chaque chose en son temps.

Et là, c’est le dernier jour de 2013, une année un peu bizarre. J’avais enfin commencé des trucs sympas, et pam dans ta face, le licenciement. Mais bon, ça m’a appris plein de choses, et c’est là que je passe en mode Mère Castor. Oui, c’est choquant, et douloureux, surtout quand tu ne l’as pas vu venir et tu te sens à peu près autant respectée que Taubira sur le forum de Stormfront, mais voilà y a pire dans la vie. J’ai tendance à penser qu’il faut utiliser son énergie pour gérer les choses qu’on peut changer, et mon licenciement, bah je pouvais pas l’empêcher alors autant… faire des listes.

Et c’est ce que je vous souhaite pour 2014 : faites des listes, terminez-les, et faites-en encore et encore. Des wish lists, des bucket lists, des listes au Papa Noël… Trouvez ce qui vous passionne, ce qui vous fait vous sentir vivant, et faites-le, bordel de merde. Envoyez chier les gens qui vous démontent le moral, occupez-vous de ceux qui en valent la peine et larguez les boulets qui vous ralentissent à coup de « mais non tu ne vas pas y arriver ». Ne vous dites plus « Je ferai ça plus tard, j’ai le temps ». Des fois, non. Et comptez sur personne d’autre pour les faire à votre place.

Bonne année 2014.

 

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